Galilé recueille les PME orphelines

03 Mars 2016

Galilé recueille les PME orphelines

Par Bruno Jacquot - Publié le 23/03/2016 à 09:00
 

Éric Michoux, président  du groupe Galilé, a racheté 16 PME depuis 2000. Ses sociétés emploient 400 personnes et ont réalisé 57 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2015.

Dans son holding, Éric Michoux intègre des entreprises pour bâtir un groupe industriel.

Farman… Un vieux nom de l'industrie française. Henri Farman, pionnier de l'aviation, et ses frères étaient aussi entrepreneurs, créateurs d'une compagnie aérienne et de trois entreprises industrielles. « Toute une histoire », dit Éric Michoux, président du groupe Galilé. Il en est le dépositaire depuis qu'il a racheté à la barre du tribunal de commerce la dernière société Farman, celle fondée après-guerre. C'était en 2013. Farman avait depuis belle lurette abandonné l'aéronautique et fabriquait des robots pour l'industrie automobile, avec Renault comme principal client. Elle était aussi passée des mains de la famille Farman aux groupes allemands Kuka puis ARS, qui l'a finalement laissée au bord de la route, trésorerie à sec mais avec quelques clients et un savoir-faire.

Il y avait un potentiel, a estimé Éric Michoux, familier des heurs et malheurs des PME de l'industrie. « Avant de s'internationaliser, analyse-t-il, les grands groupes français faisaient travailler des PME qui n'avaient ni R & D ni commercial. Elles n'ont pas pu suivre à l'international et, à l'heure de la mondialisation, se sont retrouvées orphelines. C'était le cas de Farman, qui avait une bonne technologie, une histoire mais, sur le plan commercial, ce n'était pas ça. »

Ce sont ces PME orphelines qu'Éric Michoux rachète : seize depuis 2000, les unes au tribunal de commerce comme Farman ou Escofier (« les salariés sont venus me chercher »), les autres parce que leur fondateur passait la main, comme MA Industrie en 2015. « Son propriétaire prenait sa retraite mais il ne voulait pas vendre à un financier », raconte Éric Michoux. Ses seize sociétés emploient 400 personnes et ont réalisé en 2015 57 millions d'euros de chiffre d'affaires, soit, en moyenne, 25 salariés et 3,5 millions d'euros de chiffre d'affaires. Des PME donc, organisées en trois pôles : industrie (robots, machines-outils, automatismes), énergie (équipements pour le nucléaire) et manutention (chariots élévateurs). Les deux premiers pôles sont dirigés par deux compagnons de route, Jean-Claude Boyer et Renaud Gaudillière, Éric Michoux dirigeant le troisième.
 

 

Aux États-Unis et en Inde

« Il faut porter l'action des salariés avec une ambition connue de tous, estime Éric Michoux. Chez Escofier, par exemple, qui fabrique des machines de formage à froid des métaux : son ambition est de devenir leader mondial du roulage à froid avec l'objectif d'atteindre 10 millions d'euros de chiffre d'affaires dans trois ans. La R & D et le commercial sont organisés dans ce sens et les salariés savent qu'ils fabriquent à Chalon-sur-Saône des machines-outils qui sont vendues dans le monde entier. L'entreprise est implantée en Allemagne, aux États-Unis et en Inde. »

C'est en voulant se mettre au vert qu'Éric Michoux, ingénieur chez Bendix, en région parisienne, a cultivé sa vocation d'entrepreneur. En 1989, il jette son dévolu sur la Bourgogne, où il est recruté comme directeur d'usine par un fabricant de tracteurs enjambeurs. L'affaire tourne au vinaigre quand il est chargé de restructurer la société. Donc de licencier. « En dix-huit mois, la société est passée de 150 à 51 personnes, se souvient-il. Au début, quand ce sont les gens proches de la retraite qui s'en vont, ça va. Ensuite… Là, vous apprenez la psychologie. » Il choisit de quitter le navire avant qu'on le lui demande. Il reprend une première entreprise - en location-gérance - avec un crédit à la consommation de 40.000 francs en guise de trésorerie. Il s'en débrouille assez bien pour acheter une deuxième entreprise, Provéa (équipements pour les fabricants de tubes), et créer Galilé en 2003.

Si le holding Galilé cimente l'ensemble, ses composantes restent indépendantes, avec des dirigeants associés le plus souvent. « Chaque fois que le groupe Galilé rachète une entreprise, explique Éric Michoux, je propose aux cadres de prendre une participation au capital et de l'organiser au mieux, notamment en les aidant financièrement. Mais je ne perds jamais de vue que l'engagement de l'entrepreneur et celui du salarié sont différents. Le premier est là pour prendre un risque. Le second est rémunéré pour sa compétence, pas pour investir ses économies. »

Cette organisation décentralisée est d'autant plus nécessaire qu'Éric Michoux est désormais chef d'entreprise à temps partiel. Il est aussi maire d'Épervans, 1800 âmes, en Saône-et-Loire, et président délégué à l'économie de la communauté d'agglomération de Chalon-sur-Saône. La politique aussi, il y prend goût, avec des ambitions nationales. Après son échec aux législatives en 2012, il compte bien retenter sa chance l'an prochain. Puisque nous sommes en Saône-et-Loire, il se verrait bien croiser le fer avec Arnaud Montebourg.
 




Temps forts

1998 Première entreprise rachetée par Éric Michoux. 
2003 Création du groupe Galilé. 
2008 Premier mandat de maire d'Épervans, en Saône-et-Loire. Réélu en 2014. 
2016 Remise du premier prix Galilé pour les créateurs d'entreprise.
 


Un concours pour les jeunes créateurs d'entreprise

Au sein de son groupe, Éric Michoux a lancé l'incubateur virtuel Galilé 360° ainsi qu'un concours pour les jeunes entrepreneurs avec deux prix à la clé. Le grand prix est le financement du salaire d'un jeune entrepreneur pendant six mois, et le prix spécial, le financement du premier salarié d’une start-up pendant un an.  Les premiers lauréats ont été désignés par un jury de personnalités qualifiées le 16 février. Le grand prix a été attribué à Émilie Korchia pour sa société MyJobGlasses.com (aide à l'emploi pour les étudiants) et le prix spécial à Sébastien Salmon (My-OCCS.fr, logiciels pour l'industrie et la recherche).